Logo CGT  Lettre d'information de la CGT HP

                                                                                                21 octobre 2005

 


35H contre Emplois : le marché de dupes

 

 

La direction ayant beaucoup de mal à justifier la suppression de 1240 postes chez HP, elle a tenté une diversion en lançant le pavé des 35h dans le jardin des syndicats et des politiques.

 

Elle a en partie réussi son coup puisque depuis plus d’une semaine on ne parle plus que de cela en oubliant le fondement de ce plan de licenciements qui est strictement boursier.

 

Heureusement l’article de Libération : « Hewlett-Packard aurait fui le fisc » vient à point pour démontrer s’il en était besoin que les 35h ce n’est vraiment pas le problème.

 

Nous pensons qu’il ne faut pas accepter de  rentrer dans la logique d’échanger quelques jours de RTT contre moins de suppressions d’emplois car :

 

1.            Ce serait inefficace, car chaque fois que le patronat a imposé un recul social en vue de créer des emplois ça n’a pas marché. Le recul sur les avantages lui est resté mais les emplois eux sont partis quand même.
Exemple un peu ancien mais qui est de chez HP: il y a une dizaine d’années, les syndicats (tous, même la CGT) ont signé un accord de travail en équipe pour sauver l'atelier de circuits imprimés de Grenoble, quelques mois plus tard il a été externalisé chez SCI !


2.            Cette fausse bonne idée est contraire à toute logique. Aujourd’hui la Loi impose à une entreprise qui s’apprête à licencier à d’abord passer aux 35h, si ce n’est déjà fait, afin de diminuer le nombre de licenciements. HP ferait l’inverse c’est à dire que mécaniquement il faudrait supprimer encore plus de postes puisque ce qui vont rester vont travailler plus.

Faisons un petit calcul : 83% des salariés sont au forfait jour, s’ils travaillent 10 jours de plus soit 5% de temps en plus, cela ferait l’équivalent d’environ 150 postes à supprimer en plus des 1240. Le compteur des créations d’emplois serait dans le rouge avant de démarrer !

 

3.            La Direction nous dit vouloir, par ce biais, augmenter notre productivité (en fait, diminuer notre coût horaire).

Sachant que le rapport moyen entre salaire français et ceux des pays de l’Est se situe autour de 3, pensez-vous que 5% de travail en plus (gagnés sur l’ARTT) puissent combler la différence ? N’est-ce pas faire fausse route que de poser le débat en ces termes ?

 

4.            La productivité en France est supérieure aux autres pays où HP est implanté (1.7 M$ de CA généré par employé vs 0.5M$ au niveau mondial). Cette meilleure productivité est à relier à la bonne productivité générale observée en France renforcée chez HP par une plus grande flexibilité apportée par l’accord ARTT. (83% des salariés au forfait jour sans référence horaire et 6 jours ouvrables par semaine).

 

5.            Enfin, le soit disant désavantage compétitif (ARTT) a été financé en partie par les salariés par une modération salariale de plusieurs années après 2000. Rappelez-vous le deal des 35h au niveau global français : les fameux 11% de perte de temps de travail devaient être absorbés à parts égales entre les salariés à travers une modération salariale, la productivité qui s’améliorait grâce à la flexibilité et les entreprises qui au passage ont reçu des aides importantes. Le tout permettant de créer des emplois. Et ça a marché puisque plus de 300 000 emplois ont été créés à cette occasion et les entreprises se sont plutôt bien portées.

Qui maintenant voudrait revenir dessus pour créer 300 000 chômeurs de plus ?

 

 

 Pour la CGT, il ne faut pas perdre de vue le côté boursier du plan de la direction et arrêter de chercher des boucs émissaires comme les 35h.

 

Il faut laisser la renégociation de l’accord 35h à part de celle du plan de licenciements.

 

Dans ce cas que se passera t’il ?

 

Nous avons 15 mois pour renégocier cet accord, période durant laquelle il continuera à s’appliquer. La Direction brandit l’accord de branche à 218 jours soit 12 jours de plus.

Soit, mais dans l’accord HP la définition du cadre autonome (cadre à qui on peut appliquer le forfait jour sans horaire) est très souple. A nous de faire appliquer la Loi plus strictement et de n’accepter le forfait jour sans horaire uniquement à ceux qui sont libres de leur emploi du temps.

Ceux qui repasseront cadres en heures récupéreront ou se feront payer les heures supplémentaires.

 

Une idée que la CGT ne partage pas est de demander une compensation financière pour les jours perdus. Cela est en effet difficilement contrôlable sur le long terme. En jouant sur les augmentations suivantes la direction peut récupérer cette compensation. Au contraire le paiement des heures supplémentaires ou la récupération au delà d’un forfait horaire qui peut être annualisé nous semble plus contrôlable.

 

Pour terminer un peu d’histoire. La CGT n’a pas signé l’accord ARTT chez HP au motif qu’il n’ y avait plus aucune référence horaire pour les cadres. D’ailleurs l’Etat français a été condamné sur ce point par le Conseil de l’Europe au printemps dernier suite à la saisine de la CGC et de la CGT.

L’actualité nous donne raison maintenant qu’il n’ y a plus de référence horaire pour 83% des salariés bien malin qui peut dire si on reste toujours aux 35h ou non.

Il faut d’ailleurs noter que, prudente, la Direction déclare qu’elle se situe toujours dans le cadre des 35h. C’est la raison pour laquelle elle ne veut pas toucher à l’accord en ce qui concerne les Non Cadres et les cadres horaires. Pour les autres c’est plus simple, comme il n’y a plus de repère, il n’ y a plus qu’à diminuer le nombre de jour après avoir augmenté le nombre d’heures effectués par jour.